Utilisons tout ce que les pollinisateurs ont à nous dire pour améliorer les politiques futures

Updated: Apr 1

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Alors que les institutions européennes et les États membres continuent de façonner la future politique agricole commune, certaines mesures doivent être garanties et améliorées. La future PAC utilisera des outils pour évaluer son impact sur l'environnement. L'indice pollinisateur est l'un de ces outils. Il permet de surveiller l'état des pollinisateurs dans le cadre de la PAC, en conjonction avec d'autres politiques affectant les milieux. Cet outil est en train d'être développé par la DG Environnement de la Commission européenne, comme le prévoit l'initiative européenne sur les pollinisateurs [1]. La proposition actuelle n'exploite cependant pas pleinement le potentiel des informations environnementales que les pollinisateurs sont en mesure de nous fournir.


Les participants aux trilogues doivent non seulement s'assurer que l'indice pollinisateur soit un élément de surveillance intégré à la PAC, mais aussi que celui-ci soit suffisamment ambitieux pour comprendre correctement les réalités sur le terrain. Cet objectif n'est réalisable qu'en incluant au futur Indice Pollinisateur à la fois les pollinisateurs sauvages et les abeilles domestiques.


La proposition de la DG ENVI pour un Indice Pollinisateur est conservatrice dans la mesure où il existe de nombreux autres paramètres issus des pollinisateurs qui pourraient être intégrés à l’Indice. Nous considérons la division entre pollinisateurs sauvages et domestiques comme artificielle car tous les pollinisateurs sont soumis aux mêmes facteurs de stress environnementaux. En outre, des informations complémentaires précieuses peuvent être obtenues en travaillant aussi avec les abeilles domestiques. Les apiculteurs comme les scientifiques utilisent les colonies d'abeilles domestiques comme échantillons de l'environnement depuis de nombreuses années.


L'une des raisons pour lesquelles la DG ENVI a exclu les abeilles mellifères est leur rôle dans la production d'aliments et de produits dérivés, qui ne relèverait donc pas de sa compétence institutionnelle. Cependant, il s'agit là d'une perspective trop étroite des abeilles domestiques. Les abeilles domestiques fournissent également des services de pollinisation essentiels ayant un impact bénéfique significatif sur l'environnement global, et offrent un mode de vie à un secteur économique. Plus important encore, les abeilles domestiques sont des partenaires clés dans la surveillance de l'abondance et de la qualité des ressources dont dépendent aussi les autres pollinisateurs.


Actuellement, la surveillance prévue par la proposition de la Commission se concentre sur la cartographie de la présence et de l'abondance d'un nombre limité d'espèces pollinisatrices sauvages. Il s'agit de paramètres nécessaires au suivi du statut des pollinisateurs en Europe mais ce n'est qu’une norme minimale que les États membres accepteraient dans la future PAC. Néanmoins, les pollinisateurs (y compris les abeilles domestiques) peuvent fournir des informations beaucoup plus importantes.


Nous attirons ici l'attention sur trois des paramètres que nous proposons pour analyser les colonies d'abeilles domestiques et qui permettent d'extrapoler les conditions générales des pollinisateurs sauvages :


  • Les pertes annuelles de colonies en hiver : Le taux de perte de colonies en hiver est un paramètre qui donne une indication de la santé économique du secteur apicole. Historiquement, les taux annuels moyens de perte de colonies ont pu atteindre jusqu'à 50 %, ce qui signifie que les apiculteurs perdaient une capacité de production de 50 % pour fabriquer des produits apicoles et assurer la pollinisation. Cela oblige les apiculteurs soit à multiplier leurs colonies (ce qui implique une perte de production), soit à acheter de nouvelles colonies (s'il y en a), soit à garder beaucoup plus de colonies en sachant que la moitié mourra pendant l'hiver.

  • La richesse botanique des matrices collectées par les abeilles (par ex., analyses de pollen et de miel) : Le nombre d'origines botaniques différentes et l'abondance de chacune d'entre elles est une excellente indication pour évaluer la diversité végétale dans des zones étendues (généralement dans un rayon de 3 km). Les ressources disponibles sont pertinentes à la fois pour la santé des abeilles domestiques et pour les pollinisateurs en général. Il existe clairement un lien direct entre d'un côté la disponibilité et l'abondance des ressources nutritionnelles et de l'autre le bien-être des pollinisateurs, domestiques et sauvages. Cet indicateur permet de mesurer l'efficacité des mesures favorisant la disponibilité des ressources pour les pollinisateurs sur les terres agricoles (MAEC, bandes tampons, etc.).

  • Abondance et richesse en pesticides dans les matrices recueillies par les abeilles : Le nombre de pesticides différents trouvés dans les matrices collectées par les abeilles, leurs quantités et les risques associés sont des indicateurs évaluant la conformité des agriculteurs à la réglementation sur les pesticides et aux bonnes pratiques agricoles. Ce paramètre peut et doit être inclus en sachant que la persistance de certains pesticides dans l'environnement et leurs effets chroniques et sublétaux sur les pollinisateurs affectent directement leurs taux de survie [2] [3].


Les paramètres précédents vont clairement au-delà de l'évaluation de la santé des abeilles. Ils permettent de surveiller à la fois les abeilles domestiques (y compris leur dimension économique) et les pollinisateurs sauvages tout en fournissant des méthodes d'analyse robustes. De plus, les programmes de surveillance basés sur les matrices apicoles sont réalisables. Elles pourraient bénéficier des projets et initiatives en cours aux niveaux local et européen, comme le projet MUST-B de l'Autorité européenne de sécurité des aliments [4].


Les politiques futures et les objectifs visant à relever les défis environnementaux qui affectent tous les pollinisateurs peuvent tirer profit d'une perspective intégrale, qui reconnaît la variété des pollinisateurs et les informations précieuses que nous pouvons recueillir de différentes sources. Des pollinisateurs différents nous fournissent des informations différentes, alors profitons de cette diversité pour améliorer les politiques et garantir de meilleures dépenses publiques !




Retrouvez notre proposition complète pour un indice des pollinisateurs ici :

https://bit.ly/indice-pollinisateur-Beelife




Article présentant notre proposition pour un Indice Pollinisateur :

http://bit.ly/indice_pollinisateur_ArticleBeeLife


Notre rapport sur la future PAC : http://bit.ly/Rapport_UnePACpourlespollinisateurs



Sources :


[1] Commission européenne. 2018. COMMUNICATION DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN, AU CONSEIL, AU COMITÉ ÉCONOMIQUE ET SOCIAL EUROPÉEN ET AU COMITÉ DES RÉGIONS Initiative européenne sur les pollinisateurs. https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=CELEX:52018DC0395


[2] Simon-Delso, N., Martin, G. S., Bruneau, E., Delcourt, C. & Hautier, L., 2017, The challenges of predicting pesticide exposure of honey bees at landscape level, Scientific Reports 7, 3801.


[3] Porrini, C. et al., 2003, Honey bees and bee products as monitors of the environmental contamination, Apiacta 38, 63–70.

[4] European Food Safety Authority. Santé des abeilles - Projet MUST-B Une approche holistique de l'évaluation des risques liés aux multiples facteurs de stress chez les abeilles mellifères. https://www.efsa.europa.eu/fr/topics/topic/bee-health#projet-must-b



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