Deux Côtés de L’Histoire de Néonicotinoïdes

Updated: Apr 2, 2019



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Les néonicotinoïdes ont été largement reconnus comme un risque important pour les abeilles et les autres pollinisateurs, avec un nombre croissant d'études prouvant un tel risque au cours des deux dernières décennies. Ce n’est qu’en 2018 que les preuves étaient suffisantes pour que l’Union européenne approuve l’interdiction de toutes les utilisations extérieures de néonicotinoïdes déjà restreints [1]. Nous pouvons maintenant trouver deux histoires différentes, deux côtés de la façon dont l'histoire pour améliorer ou continuer à dégrader la santé des abeilles peut continuer. Le mois dernier, la France et les États-Unis ont pris des mesures importantes qui influenceront la santé des abeilles, des pollinisateurs et la biodiversité dans leurs pays. Tout d'abord, nous pouvons voir la France comme un exemple de prudence juridique généralisée à l'égard de l'utilisation de produits à base de néonicotinoïdes. Deuxièmement, les États-Unis ont fait des déclarations inquiétantes selon lesquelles leurs refuges fauniques autrefois sûrs ne seraient plus protégés contre ces pesticides (ni les OGM). Examinons d’abord le cas de la France dans le contexte de l’UE. La France a précédé les restrictions imposées par la Commission Européenne à trois néonicotinoïdes (clothianidine, imidaclopride et thiaméthoxame) [2]. En 2012, le gouvernement français avait déjà interdit l'utilisation du thiaméthoxame après une évaluation par l'EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments). Actuellement, grâce à sa « loi sur la biodiversité », la France sera une pionnière dans l’interdiction de cinq néonicotinoïdes [3], allant au-delà des restrictions au niveau européen. L'interdiction entrera en vigueur le 1er septembre, marquant sans aucun doute un pas important vers l'amélioration de la protection des abeilles dans le pays. Cependant, tout n'est pas aussi bon qu'il n'y paraît. En France, comme dans plusieurs autres pays de l'Union Européenne, la règle contre les pesticides dangereux est contournée. Les dérogations continues et les autorisations d'urgence posent un problème à l'objectif de protection de la biomasse d'insectes et du bien-être général des insectes. En 2017, la France a continué à émettre des dérogations à ces pesticides au point de porter le nom de "champion des dérogations" comme l’a exprimé l'expert lobbyiste Benjamin Sourice, lors d'un entretien avec Franceinfo [4]. Les dérogations à l'interdiction des produits phytopharmaceutiques sont courantes non seulement en France mais au niveau européen. Toutefois, comme les apiculteurs l’ont démontré, de telles autorisations d’urgence continuent à poser un grand problème. Même en 2018, un membre de BeeLife, UNAF (Union Nationale de l'Apiculture Française), a dénoncé les taux de mortalité élevés dus en partie à la persistance de niveaux élevés de toxicité dans l'environnement [5]. Les apiculteurs français continuent d'être surpris que ces conditions défavorables pour les abeilles persistent, même après des années de restrictions à l'échelle européenne sur les néonicotinoïdes. Il est clair que la disposition prévoyant des dérogations pour les produits phytopharmaceutiques interdits fait partie de la loi, mais la continuité des dérogations est préoccupante (et pas seulement en France) [6].

L'ANSES (Agence Nationale de Sécurité Sanitaire des Aliments) fournit un cadre d'évaluation des alternatives aux néonicotinoïdes, y compris chimiques et non chimiques. En règle générale, en l’absence d’alternatives disponibles répondant aux critères d’efficacité, d’opérationnalité, de durabilité et de caractère pratique, des dérogations sont accordées pour les produits interdits [7]. Mais comme les apiculteurs continuent à connaître des taux élevés de mortalité des abeilles, ils continuent de douter de la crédibilité du processus. Bien que l'interdiction remarquable de cinq néonicotinoïdes en France entre en vigueur le mois prochain (septembre 2018), les apiculteurs doivent encore retenir leur souffle. La procédure d'obtention des dérogations devrait durer jusqu'en 2020. En principe, la France continue à faire des progrès sans précédent vers des environnements moins toxiques pour les abeilles, mais le diable est dans les détails. Et, dans ce cas, il est prouvé par des dérogations. L'UNAF a même déclaré qu'une "interdiction complète en 4 ans signifie que potentiellement 1,2 million de ruches supplémentaires seront décimées", sous la forme de dérogations. Bien que problématique, le revers de la pièce éclipse le cas de la France. Les États-Unis ont régressé dans leurs efforts pour améliorer la protection des abeilles et de la biodiversité en général. L'administration Obama a créé des refuges fauniques, qui ont également interdit l'utilisation de semences enrobées de néonicotinoïdes, ainsi que l'utilisation d'OGM. Selon l'administration de l'époque, les objectifs de gestion ne pourraient être atteints sans l'utilisation de ces types de produits [8]. Cependant, le gouvernement actuel a rejeté ces efforts antérieurs et leur logique sous-jacente. Le US Fish and Wildlife Service a déclaré qu’il mettait fin à la politique interdisant l’utilisation des OGM et de certains pesticides, y compris les néonicotinoïdes. La décision n'entraîne toutefois pas la fin des refuges fauniques. Ils ont déclaré que l'utilisation de produits précédemment interdits sera désormais analysée au cas par cas dans 50 des 560 unités de refuge. Même si les refuges ne permettent qu'une activité agricole limitée, la présence de pesticides hautement toxiques mettra en danger les abeilles et les autres pollinisateurs qui les habitent et qui constituent une partie vitale des écosystèmes [9]. Le contraste entre le côté français et le côté américain peut nous donner une idée de ce que pourrait être la politique routière concernant la protection des pollinisateurs dans d’autres pays. Les problèmes ne manquent pas dans les deux cas mais, bien entendu, à des niveaux très différents. D'un côté, la France a mis en place des politiques remarquables pour améliorer les conditions des pollinisateurs, allant même plus loin que l'interdiction européenne approuvée en 2018 sur l’utilisations en plein air de trois néonicotinoïdes. Néanmoins, même avec de tels avantages, les dérogations mettent encore en danger les abeilles en France. Par ailleurs, les États-Unis sont en train de régresser dans leurs efforts pour protéger non seulement les pollinisateurs, mais aussi les espèces sauvages, en particulier dans des endroits aussi symboliques que les « refuges ». L'abandon des efforts de l'administration précédente, indifféremment du motif, entraîne des risques croissants. Sans une interdiction généralisée, la mesure « au cas par cas » semble ouvrir la voie à un problème d’autorisations déchaîné et déformé (que nous pourrions contraster aux dérogations en France).

En analysant les deux cas, il y a plusieurs leçons à noter. Au départ, l'inclusion de la politique n'est que le début des efforts visant à protéger l'environnement des pollinisateurs des produits toxiques dangereux. Comme ce n'est un secret pour aucun apiculteur, biologiste ou environnementaliste, les problèmes peuvent persister pendant plusieurs années grâce à des dérogations et à plusieurs failles dans la politique, susceptibles d'être exploitées [10]. En outre, même la politique est réversible, ce qui signifie que la surveillance des ONG et des citoyens doit être constante. Les États-Unis ont clairement montré au monde qu’il était possible de se soustraire à l’engagement de protéger la vie sauvage, méritant ainsi une observation continue de la part de toutes les parties prenantes. Nous avons deux exemples de défis et d'opportunités pour préserver la santé des abeilles. Si les autorités développent une protection juridique des pollinisateurs en interdisant les produits dangereux, bien que des problèmes subsistent en raison de dérogations ; ou ils ne tiennent aucun compte de la protection juridique globale des pollinisateurs, avec seulement une surveillance au cas par cas pour l'autorisation des pesticides. Parmi les deux exemples, les apiculteurs, les scientifiques et les environnementalistes continuent de pointer vers une troisième direction, en rejetant ces deux côtés de l’histoire. Une protection efficace des pollinisateurs nécessite un cadre juridique sans failles juridiques qui permettent une exploitation des dérogations.

1. https://www.bee-life.eu/single-post/2018/04/27/Nenoicotinoids-Banned-to-all-Open-Air-Uses-in-the-EU

2. http://europa.eu/rapid/press-release_IP-13-457_en.htm

3. https://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/cinq-neonicotinoides-interdits-a-partir-de-septembre-pour-enrayer-le-declin-des-abeilles_126429

4. https://www.francetvinfo.fr/economie/emploi/metiers/agriculture/neonicotinoides-dangereux-pour-les-abeilles-la-france-est-championne-d-europe-de-la-derogation-pour-l-utilisation-de-produits-interdits_2790529.html

5. https://www.franceinter.fr/sciences/hecatombe-chez-les-abeilles-l-appel-des-apiculteurs-contre-les-neonicotinoides

6. https://www.bee-life.eu/single-post/2018/07/11/Challenges-and-Opportunities-of-the-Beekeeping-Sector---Presentation-at-the-European-Parliament

7. https://www.anses.fr/fr/content/travaux-de-l%E2%80%99anses-sur-les-n%C3%A9onicotino%C3%AFdes

8. https://www.reuters.com/article/us-usa-wildlife-pesticides/trump-administration-lifts-gmo-crop-ban-for-u-s-wildlife-refuges-idUSKBN1KP01K

9. https://www.bee-life.eu/single-post/2018/02/22/Environmental-Degradation-and-Pollinisation-Crisis

10. https://www.bee-life.eu/single-post/2017/03/20/Bee-Emergency-Call

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